29 (2007)
Éditorial
Table des matières
Si la question Qu’est-ce que la stylistique ? a déjà été maintes fois posée, son envers se profile dans une question sous-jacente : Qu’est-ce qu’un stylisticien ? Cette interrogation trouve sa réponse dans la diversité et l’intérêt des articles de ce nouveau Bulletin dont la problématique s’articule, non seulement autour de L’Envers du décor, mais autour de la notion d’identité et d’identification.
Lecteur insatiable, curieux, attentif aux détails comme à l’impression d’ensemble, le stylisticien est un Sherlock Holmes du langage, toujours à l’affût de traces, d’indices, de marques, de marqueurs, de récurrences mais aussi des petites agrammaticalités (Lecercle1) qui font évoluer une langue et bégayer le langage (Deleuze2). Qu’il privilégie une approche du langage inspirée du projet scientifique durkheimien des sciences humaines, et il montre alors son intérêt pour les récurrences, les formes de base, les invariants. Qu’il opte pour une approche littéraire, esthétique ou civilisationnelle, et son approche discursive devient comparative, poétique, artistique, narratologique, rhétorique ou politique. Quand certains s’intéressent au canon, d’autres se passionnent pour ce qui s’en écarte. Tantôt linguiste, esthète, philosophe du langage, analyste du discours, détective ou théoricien, le stylisticien est un intellectuel curieux ouvert à la pensée de l’autre.
Spécialiste du langage avant tout, rien de ce qui est langagier, et donc humain, ne lui est étranger. La curiosité pour le langage s’affirme plus fermement chez le stylisticien angliciste pour qui l’anglais est une étrange étrangère, même lorsqu’il est anglophone. Cet amour de la langue anglaise, dans son association avec la nécessaire rigueur intellectuelle de l’activité universitaire s’inscrit pleinement dans le projet scientifique des sciences humaines comme dans celui des sciences du langage au sens large. Or, en dépit de leur appellation, les sciences humaines, et plus particulièrement les disciplines qui s’intéressent aux constructions discursives, ne peuvent et ne doivent être calquées à l’identique sur le fonctionnement des sciences dures pour des raisons métalinguistiques que nous connaissons tous fort bien.
Si le stylisticien est un gourmand du langage, un gourmet de la littérature et de la pensée, toujours aux aguets et curieux de marier des disciplines connexes pour les faire entrer en résonance, il se heurte cependant à la difficulté inhérente à toute activité de recherche transdisciplinaire. En effet, la variété des approches comporte son propre envers du décor et contraint chacun d’entre nous à faire valoir son point de vue en le rendant compréhensible de tous. Cet impératif d’une recherche accessible (qu’il n’est pas inconvenant de qualifier de vulgarisation de qualité), loin d’être un appauvrissement, est la preuve de la force du stylisticien au sein de l’anglistique. En herméneute du langage rigoureux dont les travaux peuvent être ardus pour le non spécialiste, le stylisticien soucieux de se faire comprendre s’efforce de rester compréhensible du plus grand nombre en vertu du plaisir du partage.
Par notre position à la croisée de chemins multiples entre des disciplines qui semblent parfois artificiellement cloisonnées dans nos cursus universitaires, il est de notre devoir en tant que stylisticiens d’œuvrer afin de concourir à promouvoir l’enseignement et la recherche en sciences humaines. Ces dernières, quoique fort variées, ont pour point commun tangible de s’appuyer sur des constructions discursives qui sont notre objet d’étude commun. Cet impératif militant doit passer par une large diffusion de nos travaux, témoins d’une recherche vivante.
Par sa parution rapide et régulière, le Bulletin constitue un vecteur important de cette diffusion du savoir que favorisent lecture et écriture, et qui favorise l’écriture et la lecture. Cette démarche de mise à la disposition publique des recherches les plus récentes participe à une politique d’émancipation par le savoir (Badiou3), seul moyen de lutter contre les obscurantismes récurrents qui menacent notre profession comme nos étudiants qui, pour beaucoup, deviendront de futurs collègues et auront bientôt la tâche d’instruire et d’éduquer à la lecture et à l’interprétation textuelle les générations futures. La dimension politique et sociale de cette entreprise est tout aussi évidente que la nécessité de conserver la mémoire historique du développement des sciences humaines langagières. Une des tâches du stylisticien angliciste consiste à refuser de s’accommoder du développement du Globish ou Global English (Cassin4) et à participer activement à une entreprise plus ambitieuse que la simple manipulation d’une langue restreinte à des aspects communicatifs cadrés et limités.
Bénéficiant de la tutelle d’enseignants-chercheurs chevronnés, reconnus et appréciés de toute la profession, le Bulletin donne également largement la parole aux jeunes chercheurs, parfois en tout début de carrière, puisque nous accueillons tous les ans des doctorants avancés ou de jeunes docteurs. Depuis plusieurs années, certains de nos contributeurs sont des universitaires britanniques ou américains, ce qui confère une dimension internationale aux travaux de la Société. Cette diversification de nos activités et de nos auteurs s’inscrit dans un projet politique visant à pérenniser la transmission du savoir, apanage d’une société libre et éclairée, sans exclusive. S’il n’y a qu’« un seul monde » (Badiou5), il n’y a également qu’un seul « langage » (Lecercle6) et le langage a un « effet-monde » (Cassin7).
Tout ceci signifie que la question de l’échange et de la transmission du savoir doit continuer d’occuper une place prépondérante chez les stylisticiens engagés dans une authentique valorisation de la recherche. Cette volonté de diffusion nécessite une modernisation de notre publication par le passage à des voies technologiques plus modernes sous la forme de la création d’un site Internet afin que les travaux des stylisticiens anglicistes ne restent pas lettre morte, c’est-à-dire non lus. Les Bulletins des années passées seront mis en ligne. Les actes récents continueront à paraître sous la forme d’une revue imprimée. Ils seront ensuite mis en ligne l’année suivante. L’année de la parution du Bulletin en version imprimée, seuls les abstracts, les mots-clés et une courte biographie des auteurs figureront sur le futur site à l’adresse suivante :
http://stylistique-anglaise.org.
Tout en ayant des projets d’avenir, la Société de Stylistique Anglaise, société fille de la SAES, reste fidèle à sa tradition et publie les actes de l’atelier de la SSA dans l’année qui suit l’atelier, ce qui contribue à son succès et à sa pérennité. C’est à ce prix, parfois lourd pour les auteurs comme pour les relecteurs, qu’une recherche vivante et de qualité peut continuer à avancer en faisant la preuve du dynamisme de la communauté des chercheurs en stylistique.
Lors de l’Assemblée Générale du 6 octobre 2007, l’organigramme de la Société a été substantiellement modifié avec l’élection de Monique de Mattia-Viviès à la présidence8. La nouvelle équipe rend un hommage mérité à l’entreprise de modernisation dont le précédent président, Wilfrid Rotgé, dans la lignée de ses prédécesseurs, a été l’artisan et que la Société entend poursuivre avec son aide, puisqu’il reste au sein de la Société au titre de Président adjoint.
Appelé à de nouvelles responsabilités à la présidence de l’Agrégation Externe d’anglais, Wilfrid Rotgé, en homme de partage, vient de transmettre les responsabilités qu’il occupait au sein de la Société à ses collaborateurs avec qui, cette année encore, il a co-dirigé les ateliers avec la participation toujours aimable, érudite et enjouée de l’ancien président Gilles Mathis.
Mireille Quivy, trésorière, a accepté de continuer à assumer la lourde tâche qui lui incombe avec la rare efficacité que nous lui connaissons.
Le comité de lecture s’est étoffé afin de représenter les diverses branches de la stylistique. La nouvelle équipe assure la continuité de la Société et entend rester fidèle à tout ce qui en a fait la richesse au fil des ans. Elle s’efforcera d’en assurer la vie et de veiller au maintien de son efficacité et de sa convivialité.
Le travail en équipe n’est pas un vain mot à la SSA. Que soient remerciés vivement ici les auteurs qui, non seulement nous ont fait l’amitié de choisir notre Société pour nous faire part de l’avancement de leurs travaux, mais qui ont eu la gentillesse de remettre leur article dans les temps impartis. Les remerciements les plus chaleureux pour leurs relectures vont aux membres du comité de lecture désormais élargi. Que soient remerciés ici pour leur rapidité et leur efficacité l’ancien comité de lecture, mais aussi les nouveaux collègues, fidèles de la Société, qui nous ont rejoints, sans oublier le nouveau webmestre Yan Brailowsky qui assurera la mise en ligne des anciens numéros du Bulletin et des abstracts des articles dès cette année.
Enfin, Jean-Jacques Lecercle nous fait l’honneur de continuer à participer au comité de lecture. Sa compétence dans des domaines aussi variés que la linguistique, la littérature, la philosophie du langage et son engagement politique au service de la communauté des chercheurs en anglistique, associés à sa disponibilité et sa gentillesse incitent à le remercier publiquement de l’amitié qu’il fait à la Société en acceptant de rester parmi nous malgré un calendrier de recherche toujours aussi chargé, en dépit de son tout récent départ à la retraite. Ce comité de lecture, par sa diversité, représente à la fois la mémoire du passé de la Société mais aussi son avenir, avec l’entrée, non seulement de Maîtres de conférences confirmés, mais également d’un tout jeune docteur.
Que soient également remerciés le CREA EA 370 et sa directrice Emily Eells pour sa disponibilité sans faille, la SAES et son bureau pour son engagement auprès de la communauté des chercheurs sous l’impulsion de Liliane Louvel, sans oublier Denis Jamet qui assure le fonctionnement de la liste de diffusion, Véronique Maylin de la Bibliothèque Durrell qui assure l’envoi des Bulletins, et le peintre Gontran Lelasseux qui nous offre la possibilité d’utiliser son œuvre numérique « Carnaval » comme identité visuelle de la Société. Ses œuvres polychromes sont exposées sur son site à l’adresse : http://www.gontran-lelasseux.net/ .
Les actes du colloque Dualité(s) organisé à Rouen par Mireille Quivy, Gilles Mathis et Wilfrid Rotgé, sont parus en octobre 2007 (Bulletin n° 28) et peuvent être commandés en envoyant le bon de commande (au début de ce Bulletin) et un chèque de 17 € à l’adresse personnelle de la trésorière Mireille Quivy.
Les actes du colloque international d’Aix-en-Provence « La Grammaire et le style : Domaine anglophone » organisé les 17 et 18 novembre 2006 par Monique de Mattia-Viviès, Gilles Mathis et Wilfrid Rotgé sont attendus pour une publication en avril 2008 (Bulletin n°30).
Denis Jamet et Manuel Jobert organisent un colloque de linguistique et stylistique « Empreintes de l’euphémisme : Tours et détours » du 29 au 31 mai 2008 à Lyon 3 dans le cadre des activités du CEL (EA 1663) et du GRLA avec le soutien de l’ALAES, de l’ALOES et de la SSA. Les informations utiles sont disponibles à l’adresse suivante :
http://facdeslangues.univlyon3.fr/1164275375005/0/fiche_05__actualite/&RH=LAN-Agenda
Le prochain congrès de la SAES se tiendra à Orléans du 16 au 18 mai 2008 sur le thème de « La Résurgence ». Les informations indispensables sont disponibles à partir de la page d’accueil de la SAES : http://www.saesfrance.org/ en cliquant sur l’onglet « Congrès / AG » dans la colonne de gauche. Les collègues intéressés par la problématique du congrès de la SAES à Orléans sont d’ores et déjà invités à contacter Monique de Mattia-Viviès (monique.demattia-vivies@wanadoo.fr) pour lui proposer le titre et un bref résumé de la communication qu’ils envisagent de proposer à l’atelier de la SSA.
La Société de Stylistique Anglaise a eu le grand plaisir d’apprendre puis de fêter avec Monique De Mattia-Viviès, le Prix du jury de la recherche SAES-AFEA qui lui a été décerné à pour son ouvrage Le discours indirect libre au risque de la grammaire : le cas de l'anglais, préface de Jean-Jacques Lecercle, Publications de l’université de Provence, Aix-en-Provence, 2006. Par cette distinction prestigieuse conférée à la présidente de la Société, la reconnaissance institutionnelle de la qualité du travail de Monique de Mattia-Viviès rejaillit sur la Société de Stylistique Anglaise.
Enfin, il est important de signaler la parution de l’ouvrage de Nathalie Vincent-Arnaud et de Sébastien Salbayre L’Analyse stylistique – Textes littéraires de langue anglaise, collection Amphi 7 / Langues, Presses Universitaires du Mirail, Toulouse, 2006. À la frontière entre manuel pratique destiné aux étudiants et aux collègues débutant en stylistique et authentique travail de recherche, ce livre est le reflet du type de recherche que la SSA affectionne, associant rigueur et finesse. Cette hybridité générique confirme que le stylisticien ne craint pas de s’exprimer avec simplicité pour expliquer des concepts parfois complexes ou qui pourraient paraître rébarbatifs, ce qu’ils ne sont jamais sous leur plume.
Cet ouvrage, ainsi que celui de Monique de Mattia-Viviès, démontrent qu’une recherche de qualité peut aisément se partager avec le plus grand nombre.
Dans ce numéro dont le thème est « L’envers du décor » sont rassemblés dix articles correspondant à onze communications prononcées à l’atelier de la SSA à Avignon en mai 2007. Tous s’attachent à démontrer en quoi les choix stylistiques participent de choix de constructions discursives ou sont l’objet de contraintes linguistiques, rhétoriques, narratives, poétiques ou politiques.
Deux articles sont résolument ancrés dans des problématiques qui n’ont cessé d’intéresser la linguistique : la fonction d’attribution et le choix lexical. Faisant entrer en résonance plusieurs écoles de pensée dans un article de linguistique cognitive, Stéphanie Bonnefille revisite avec vigueur critique la notion d’attribution chez Guillaume et Benveniste et démontre que les écoles linguistiques peuvent se nourrir mutuellement dans le but d’apporter une meilleure compréhension de la complémentation et de l’identification, sujets inépuisables pour le linguiste. C’est avec grand regret que nous avons appris que Jean-Louis Vidalenc n’était pas en mesure de finir de rédiger l’article correspondant à sa communication. Pour rendre hommage à son travail, voici cependant un résumé de sa communication. Dans le domaine de l’analyse du lexique, Jean-Louis Vidalenc s’intéressait à un sujet d’actualité passionnant dont les implications politiques sont fort utiles à la compréhension du monde contemporain. Il analysait le lexique pseudo-scientifique utilisé par des fondamentalistes religieux aux États-unis à partir de sources publiées sur Internet, sans aucun contrôle. Son étude comparative avec le lexique de véritables scientifiques permettait de mieux comprendre comment l’obscurantisme peut progresser dans la population en se parant des atours d’une (fausse) scientificité. Nul doute que ce sujet crucial au cœur des préoccupations de notre époque aurait recueilli dès cette année un réel intérêt de la part des lecteurs et amené chacun à poursuivre la réflexion amorcée par cette analyse comparative, malgré l’absence de l’article que nous espérons pouvoir publier l’an prochain.
Dans le domaine littéraire, une communication est consacrée à la poésie américaine contemporaine. Juliette Utard analyse avec finesse l’importance du choix du vers dans la poésie de Wallace Stevens. Le langage du théâtre n’est pas oublié : Mireille Ravassat, dans l’unique article en anglais de ce recueil, revient sur l’ambiguïté du jeu de mot shakespearien dans Macbeth en comparant les traductions françaises de ces jeux de mots dans les traductions françaises de Maurice Maeterlinck et de Jean-Michel Déprats. Trois articles sont des études stylistiques de romans. Deux d’entre eux s’intéressent aux rapports qui sous-tendent stylistique et dimension visuelle. Frédérique Spill démontre avec brio comment la difficulté à conceptualiser de l’idiot Benjy Compson dans l’incipit de The Sound and the Fury de William Faulkner est compensée par le style de la narration de ses perceptions visuelles. Nathalie Vincent-Arnaud, fine analyste de l’esthétique picturale et de ses relations avec le style littéraire évoque comment le choix de deux tableaux différents pour les couvertures de publications diverses d’un roman, proposent une lecture renouvelée du style de Lily Prior dans La Cucina. Pour le lecteur, le style est imprégné par la sensualité et la vanité qui se dégagent des tableaux, dans une démarche à rebours, là où, pour l’auteur, tout commençait par la description de la cuisine au double sens de l’activité culinaire et du lieu de la mise en œuvre de cette activité féminine.
L’article de Manuel Jobert fait le lien entre les genres fictionnels et non-fictionnels dans son analyse des avatars de In Cold Blood de Truman Capote. Il montre comment l’écrivain, en transposant un fait divers en œuvre « fictuelle », genre hybride entre réalisme, journalisme et fiction, a durablement fait évoluer la question générique au XXe siècle, et comment la transposition ultérieure de la démarche de Capote en deux biographies, deux téléfilms et deux films très différents met en déséquilibre la question de la fiction par rapport à la non-fiction. La question de l’identité du romancier-documentariste et de l’identification de sa subjectivité fait émerger une réflexion indispensable au traitement de l’hybridité générique du genre canonique du XXe siècle initié magistralement par Capote en 1966. Daniel Decotterd, pour sa part, continue son voyage dans la presse locale, écossaise cette fois. Il montre comment les rédacteurs d’une gazette populaire se mettent au service de la construction du sentiment national écossais dont la valeur récurrente de l’héroïsme n’est pas sans convoquer le souvenir d’autres nationalismes agressifs et guerriers de triste mémoire. Enfin, en s’intéressant aux effets du fascinant roman en abyme My Pafology / Fuck enchâssé dans Erasure de Percival Everett, Sam Coombes démontre avec recul théorique comment la littérature postmoderne, par le biais de la parodie et de l’ironie, permet d’avoir un précieux accès à la manière dont les politiques identitaires américaines pervertissent à la fois l’expérience existentielle et le sentiment d’appartenance identitaire aux États-Unis.
Ce dernier roman, à mi-chemin entre littérature et politique fait la jonction avec les tours stylistiques empruntés par le discours politique. Wafa Ben Amor et Philippe Rapatel, en analysant le procédé rhétorique de l’enthymème à l’œuvre dans les débats parlementaires britanniques au moment de la guerre en Irak, démontrent que le maniement sophistique des artifices de la rhétorique est un outil politique d’une grande force qui permet, notamment à Tony Blair, de suggérer habilement l’entrée en guerre tout en pouvant prétendre qu’il n’est pas à l’origine de la proposition. L’enthymème participe de la manipulation discursive parfois difficilement repérable dans le discours de pouvoir, en omettant de mentionner soit la prémisse majeure, soit la prémisse mineure, soit la conclusion qui en découle, ce qui permet à l’auditeur et au citoyen d’éprouver le charme parfois bien peu discret du « plaisir de l’enthymème » quand celui-ci se substitue à un discours guerrier proprement agonistique.
Enfin, toujours dans le champ de la civilisation, mais dans le domaine des discours politiques américains cette fois, Luc Benoit À La Guillaume élabore une théorie des bévues en politique dont on a tout lieu de penser qu’elle sera reprise avec bonheur par de nombreux chercheurs, aussi bien civilisationnistes qu’analystes de discours. Si les « verbal gaffes » politiques semblent en apparence être l’effet d’une maladresse, Luc Benoît À La Guillaume démontre avec une rigueur en tous points remarquable que, non seulement il n’en est rien, mais qu’elles constituent un infaillible instrument de pouvoir au service d’élites politiques. Ces dernières jouent habilement de leur position de domination pour flatter le peuple des électeurs dans un populisme renouvelé dont Luc Benoit À La Guillaume dévoile la présence cachée derrière des artifices rhétoriques dont la sophistication tient à leur simplicité paradoxale.
Par la diversité des corpus et des approches, ce recueil démontre par l’exemple que si les domaines abordés peuvent sembler disparates en superficie, leur traitement stylistique montre non seulement la richesse de cette approche stylistique, mais également le réel attrait de cette discipline ancrée dans le passé et dont l’avenir est plus que prometteur pour tout chercheur ou tout curieux ouvert à la culture de l’autre.
Simone RINZLER
Maître de conférences à l’Université de Paris X - Nanterre
CREA – EA 370
Présidente adjointe – Rédactrice en chef de ce numéro
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