27 (2006)
L’anglais des géologues, un cas d’école atypique de genèse d’une langue de spécialité1 (1/2)
Nous avons, dans quelques publications antérieures, illustré comment l’analyse linguistique de corpus de textes d’histoire des sciences proposait au linguiste des faits de langue pertinents et suggérait des pistes à la recherche en langues de spécialité2. Nous allons nous attacher, ici, à mettre en évidence que la contribution de l’histoire des sciences à la linguistique peut aller au delà, en apportant quelques réponses au pourquoi et au comment de l’émergence de la langue d’un métier ou d’une discipline.
Plusieurs ouvrages de réflexion théorique ont mis en évidence la contribution des activités humaines et plus particulièrement des métiers au développement du lexique. Il est notoire que les rédacteurs de l’OED ont dû gérer un accroissement significatif des entrées au cours du vingtième siècle et que l’anglais des sciences et des techniques est largement responsable du passage du lexique anglais au dessus de la barre des cinq cents mille lexies recensées.
La langue de spécialité de la quasi-totalité des grandes disciplines scientifiques et médicales a le plus souvent une histoire ancienne, voire très ancienne3. La géologie a connu un sort très différent : le terme <geology> n’apparaît pas avant 17354, aucune rubrique n’y est consacrée dans l’édition de 1797 de l’Encyclopaedia Britannica. Il faudra attendre celle de 1810.
Dans cet article, nous donnerons quelques clefs pour comprendre comment et pourquoi une génération a suffi pour mettre en place la géologie5 comme discipline universitaire. Nous nous intéresserons aussi aux raisons qui expliquent pourquoi la géologie naissante s’est plus exprimée en anglais que dans d’autres langues : elle aurait pu monter en puissance en italien6, en allemand7 ou en français8.
En effet, Charles Lyell a reconnu dans ses Principles of Geology (1831) la qualité des travaux de Nicolas Desmarest sur les volcans d’Auvergne (1773) et ceux de Abraham Gottlob Werner à l’école des mines de Freiberg (1774)9. Les termes choisis pour désigner les grandes périodes géologiques rendent bien compte du rapport de force langagier rapidement établi dans la nouvelle discipline : les Allemands ne peuvent opposer qu’eiffelien, les Français jurassique et les Russes permien, aux cambrien, devonien, ordovicien et silurien des Britanniques, aux appalachien, missisipien, pennsylvanien des Nord-Américains. Une première explication n’est pas à chercher bien loin : Martin Rudwick10 signale qu’en 1836 plus de huit cents géologues britanniques sont recensés en Grande-Bretagne, quelques trois cents en France et une centaine pour le reste de l’Europe.
Plusieurs dates sont envisageables pour marquer les débuts et la fin des quelque trente années qui ont permis à la géologie de s’affirmer sur le plan académique. On situe parfois sa naissance soit en 1801 lorsque William Smith a présenté la carte géologique des environs de Bath à quelques érudits locaux, soit en 1815 lorsqu’il a terminé sa carte géologique de l’Angleterre et du pays de Galles. Pour borner la fin de la première période de la discipline, Martin Rudwick utilise de bons arguments pour considérer que la stabilisation de l’emploi du terme <devonian> en 1842, signifie que la géologie a atteint une forme de maturité.
Dans cet article, nous allons considérer que, terminologiquement parlant, le premier repère temporel peut être situé en 1807 avec la fondation de la société savante Geological Society of London for Applied Geology11, dont les débats au fil des ans ont abouti à la mise en place d’un premier consensus sur l’emploi des termes fondateurs. On peut retenir comme seconde date septembre 1839, avec le congrès de Boulogne sur Mer12 de la Société Géologique de France où quatre des dix géologues anglais les plus connus y ont confronté les termes qu’ils utilisaient avec vingt confrères francophones, pour permettre le fonctionnement d’une ébauche de communauté scientifique internationale.
Dans l’institution universitaire, ce n’est pas avant 1818 qu’Oxford et Cambridge jugeront utile de nommer un professeur de géologie ayant fait la preuve d’un intérêt pour cette matière13. Oxford n’abandonnera qu’en 1853 l’exigence antérieure de ne retenir que les candidatures de théologiens confirmés exerçant des responsabilités pastorales. Ce n’est qu’en 1834 qu’une université britannique – King’s College à Londres – recrutera un professeur de géologie, John Philips, ayant bénéficié d’une formation correspondant à la fonction qu’il allait exercer14. Ce n’est qu’en 1848 que Sedgwick négociera avec succès la réforme introduisant les sciences dans les tripos à Cambridge.
Dans un premier temps, nous nous intéresserons au lien entre les besoins en charbon de la révolution industrielle et le développement de la géologie. Dans un second, nous verrons comment des ‘amateurs éclairés’ ont su mettre en place les bases conceptuelles et langagières d’une discipline universitaire en contournant une bonne partie de l’establishment universitaire. Enfin nous envisagerons comment la contribution du personnel politique à la levée de l’interdit religieux de l’évêque Ussher a permis à la science de la terre de rattraper son retard sur les autres sciences en mettant en place, en une génération, les termes qui lui permettaient de fonctionner.
On aurait pu penser que le développement de la géologie en Grande-Bretagne se serait inscrit dans la même logique de questionnement15 sur les origines de la terre que celle qui avait été observée en Allemagne et en France. La parution en 1795 de Theory of the Earth de James Hutton, un des grands noms du Scottish Revival, allait d’ailleurs dans ce sens. Ce sont des facteurs historiques, sociologiques et surtout économiques qui expliquent pourquoi c’est en Grande Bretagne que la géologie est montée en puissance en si peu de temps16. La nouvelle discipline est née anglophone parce c’est au Royaume-Uni que la première révolution industrielle a fait apparaître une forte demande d’énergie thermique.
James Watt, en perfectionnant la machine à vapeur de Newcomen en 1769, avait apporté aux manufactures le moyen de ne plus dépendre de la proximité d’un cours d’eau pour assurer leurs besoins en énergie. Il permettait aussi aux propriétaires de mines de charbon de répondre à la demande en exploitant des veines à plus de cent cinquante mètres de profondeur, alors qu’il était précédemment impossible d’évacuer suffisamment l’eau des galeries pour que les mineurs puissent y travailler. Toutes les manufactures n’étant pas à proximité des côtes ou d’une voie navigable existante, apporter le charbon aux industriels n’était possible à l’époque que par bateau, l’exemple du Duc de Bridegewater a été suivi. Pour creuser de nombreux canaux et puits de mines avec des bonnes chances de réussite, il est rapidement apparu qu’il fallait un savoir-faire et des connaissances du sous-sol qui allaient au delà de l’empirisme pratique des générations précédentes. Creuser à mauvais escient avait coûté très cher à certains, et de nombreux propriétaires terriens se sont rendu compte que la discipline en train de naître était susceptible de signifier la différence entre leur ruine17 et leur fortune18. Réciproquement, les chantiers des puits de mine et des canaux ont permis aux géologues britanniques de l’époque des conditions d’observation exceptionnelles, horizontalement et verticalement, des couches géologiques.
C’est précisément un expert autodidacte en conception de canaux, William Smith, qui est souvent considéré comme premier géologue britannique. Il sut exploiter plusieurs intuitions remarquables : fasciné par les fossiles dans sa jeunesse, il établit des correspondances entre les pièces de sa collection et les roches qui les entouraient ; un stage dans une mine de charbon lui donna l’intuition de la stratigraphie. Pendant près de vingt ans, à pied ou à dos de mule, il parcourut l’Angleterre et le pays de Galles, pour achever en 1815 la carte géologique toujours exposée à Albermarle House19.
Les termes propres à ce nouveau métier sont rapidement apparus, y compris dans les caricatures de l’époque où nous les avons retrouvés. L’uniforme du géologue consiste en <tweeds> et < broad brimmed hat>, leur mule porte les instruments de travail : <bottle of acid> <chisel> <clinometer> <compass> < field notebook> <hammer> <handlens> <map case> <specimen bag> <theodolite>. L’expression qui correspond le mieux à leur activité est <to hammer for fossils>.
Les premiers termes plus abstraits de la nouvelle discipline sont liés à l’extraction du charbon. <Coal Measures> inventé en 1807 par un autre autodidacte John Farey, dont l’équivalent français est <terrain houiller> est rapidement accompagné de <greywacke>, adapté rapidement du <grauwacke> employé dans les écoles des mines allemandes (<terrain ardoisier>). On recycle des termes utilisés dans les carrières de pierres comme <Old Red Sandstone>, des vieux termes de mineurs pour les roches non commercialement utiles autour des veines de charbon comme <culm> et <killas>. Cette dernière lexie illustre bien que la stabilité terminologique n’allait pas de soi. Un des premiers présidents de la société savante, George Greenough, en désaccord théorique avec ses confrères qui avaient proposé les termes <Cambrian> et <Silurian> en 1835 persistera à utiliser dans les années 1840 <Lower Killas> et <Upper Killas>. On ne doit pas oublier que d’autres termes issus de l’histoire des mines de charbon comme <coming up to grass> ou <outcrop> pour désigner les veines qui affleurent à ciel ouvert coexistent avec les lexies spécialisées de la nouvelle discipline. On ne sera pas surpris de constater que les tendances lourdes de la lexicogénétique20 n’épargnent pas la géologie à ses débuts : alors que les Français privilégient anticlinal et synclinal pour décrire des observations sur le terrain, les Anglais vont préfèrer <saddle> et <trough>.
Cette étude sur la naissance d’une langue de spécialité va se nourrir de quelques lignes sur l’extinction d’une langue de spécialité, celles des mines de charbon, dont l’histoire a largement recoupé celle des premiers temps de la géologie. Après que Margaret Thatcher a fermé les puits, des anciens mineurs ont souhaité conserver la mémoire d’une profession disparue. Divers témoignages de la langue employée au fond ont été mis en ligne par des retraités. Beaucoup de ces termes ont une histoire ancienne : on rappellera que <Colyer> en moyen anglais désignait un charbonnier en forêt et s’est adapté progressivement à ceux qui extrayaient le charbon à ciel ouvert puis à ceux qui descendaient au fond. Beaucoup de ces termes se révèlent des pièges à l’apprenti traducteur. Ainsi dans The coal was dogged, <dog> comme d’ailleurs <monkey> s’inscrivent dans la tradition de la métaphore animale comme éléments déclencheurs d’une néologie et renvoient à un crochet pour remonter les paniers de charbon à la surface pour la première, à un crochet servant de dispositif de sécurité sur les wagons pour la seconde.
D’autres sources révèlent des termes qui mettent bien en évidence que le lexique n’est pas indépendant de la culture d’une époque et de ce qu’éprouvent ceux qui créent et qui font vivre les mots en les utilisant au quotidien. Dans le rapport de 1815 de la commission royale d’enquête sur le travail des enfants dans les mines, on rencontre <wailer> (enfant de moins de treize ans triant les scories sur les wagons de charbon pendant qu’ils roulent). Parmi d’autres lexies qui renvoient directement à la peine des hommes, à une époque, nous mentionnerons <riding the shaft> ( accéder à une galerie de mine à la force des bras en utilisant la corde servant à remonter les paniers de charbon). Lorsque l’évolution technologique remplacera les cordes en chanvre par des chaînes métalliques, le terme <hooker> (morceau de chaîne relié à un crochet permettant au mineur qui monte et descend dans un puits, en utilisant la chaîne qui porte habituellement le chargement de charbon, de solidariser une jambe avec celle-ci) signalera une amélioration très relative de la sécurité.
Les entrées lexicales concernant les risques encourus dans les mines de l’époque mériteraient une étude spécifique. Nous avons frémi en repérant, dans les documents que nous avons analysés pour cette étude, les lexies <to brush out> (essayer de faire partir le grisou d’une galerie en remuant énergiquement une veste) ou pire encore <basket ventilation> (descendre avec une chaîne un panier en métal rempli de braises rouges pour susciter un appel d’air dans une galerie suspecte). Que le lexique reflète plus les croyances d’une époque que la réalité objective est confirmé par la relativité21 de [safety], dans les <safety lamps> de Humphrey Davy et George Stephenson. Ce n’est pas avant 1844 que Michael Faraday mettra en évidence la chimie exacte du grisou <firedamp> et qu’<afterdamp> (CO²) se révèle plus pernicieusement nocif que le danger apparemment identifié. Il n’est pas fortuit que trois grands noms de la science et de la technologie aient été mis à contribution pour résoudre une des difficultés rencontrées par la Révolution industrielle.
On ne doit pas s’étonner que la première période géologique identifiée par le consensus de la société savante compétente ait été le carbonifère (terme forgé en 1822 par Conybeare et Phillips pour remplacer <coal measures>). Ce sont environ 420 fossiles spécifiques qui ont permis à ces deux géologues de ‘calibrer’ cette période – donc, on a su après que les roches comptaient entre 359 et 299 millions d’années – qui est encore mentionnée dans les manuels récents22. Les débats des années suivantes de la Geological Society permettront d’introduire de nombreux termes encore utilisés de nos jours Cambrian : (Sedgwick 1835) – entre 570 et 518 millions d’années, Silurian (Murchison 1835) – entre 438 et 410 millions d’années, Devonian (Murchison and Sedgwick 1836, définitivement stabilisé en 1842) – entre 410 et 360 millions d’années. Permian -entre 290 et 250 millions d’années – sera identifié après que Nicolas I eut invité Murchison en Russie (Murchison1841).
On sait que l’acte de langage qui détermine la création du terme résulte soit de l’argument d’autorité23 soit d’un consensus de la communauté scientifique. The Great Devonian Controversy traite les huit années de la polémique qui a vu la mutation du programme de sens de <devonian>. Avant les événements relatés par Rudwick, la lexie s’appliquait à toutes les roches trouvées dans le Devon, après stabilisation le terme s’applique aux roches de toute origine géographique ayant entre 408 et 360 millions d’années. Le terme <Ordovician> que l’on doit à Charles Lapworth (1879) – entre 518 et 438 millions’années – ne sera définitivement validé par un congrès international qu’en 1904.
On peut penser que si de nombreux participants aux séances de la Geological Society ont été sensibles au rôle joué par ces échanges dans la progression des connaissances, d’autres n’ont jamais perdu de vue les implications économiques possibles du débat. On ne doit pas oublier que la polémique autour du Dévonien a été déclenchée par la présence ponctuelle à Bideford dans le Devon d’anthracite ou de fougères fossilisées marquant habituellement la présence de charbon dans des zones où il s’est révélé plus tard qu’aucune exploitation minière n’a été possible.
La sémantique va nous fournir un autre indice de la hiérarchie des priorités dans les enjeux scientifiques de l’époque. Le pouvoir politique a en 1835 trouvé les fonds pour installer et faire fonctionner le Museum of Economic Geology24 dans un quartier bien fréquenté de Londres, Jermyn Street. L’emploi de <economic> est on ne peut plus révélateur, les objectifs de la nouvelle discipline sont cantonnés (rappelons qu’Oxford ne trouvera les fonds pour mettre en place la section géologie du Natural History Museum25 qu’un quart de siècle après).
Les transcriptions des débats26, tant au sein de la Geological Society que de la société savante concurrente et complémentaire, the Geological Section of the British Society for the Advancement of Science – fondée en 1831 – montrent que si les pressions des propriétaires terriens et de leurs relais politiques27 pour privilégier la recherche de gisements carbonifères ont été très présentes, d’autres préoccupations ont néanmoins pu s’exprimer. Deux facteurs sociologiques ont contribué à un certain équilibre.
Les adhérents de base de la Geological Society y étaient souvent venus pour échanger des fossiles entre eux et la considéraient plus comme un club de collectionneurs permettant de récupérer des spécimens non disponibles dans leur association d’érudits locaux que comme une société savante. On notera que cette fonction a résisté aux clivages apparus avec force dans les années 1820 lorsqu’il est devenu évident que ce violon d’Ingres amenait à remettre en question la mention imprimée dans beaucoup de bibles, situant l’origine du monde au 23 octobre 400428 avant Jésus-Christ.
Ceux qui allaient occuper les premiers rangs de la salle de réunion et contribuer aux deux publications de la société, sont souvent plus apparus à l’époque comme les membres d’un dining club29 que comme les ‘vedettes’ de l’histoire des sciences qu’ils sont dans les encyclopédies actuelles. Ce sont paradoxalement ces ‘gentlemen scientists’ qui ont introduit la théorie dans les débats alors que le conflit larvé avec les autorités religieuses avait amené à mettre en avant une géologie dépourvue du contenu intellectuel des autres disciplines scientifiques. Pendant la période qui nous intéresse, ce sont surtout dix d’entre eux qui se sont réparti le poste de président – renouvelable tous les deux ans – : un avocat Charles Lyell, un médecin William Fitton, deux militaires en retraite Henry de la Bèche et Roderick Murchison, quatre dignitaires de l’église anglicane, William Buckland, William Conybeare Adam Sedgwick et William Whewell. C’est d’ailleurs à ce dernier, titulaire de la chaire de moral philosophy à Cambridge et Master de Trinity College, que l’on doit, en 1833, la lexie <scientist>. On notera qu’il n’éprouve nullement le besoin de préciser que, dans son esprit, elle s’applique à ceux pour qui l’activité scientifique est un hobby.
On peut remarquer que, ce qui n’est pas dit par Rudwick, dans un contexte de conflit rude avec la majorité de l’establishment des universités traditionnelles, une fraction active de ce même establishment a utilisé le ‘dining club’ comme ‘couverture’ pour placer des pions théoriques et politiques. On ne peut s’étonner que les premiers écrits de l’anglais des géologues soient, bien évidemment, marqués par cette situation où la formation initiale des auteurs a été effectuée dans une autre discipline que les sciences de la terre. Rudwick, qui a dépouillé de nombreuses archives et passé au crible la correspondance des acteurs de la polémique autour du dévonien, y signale la forte proportion de métaphores militaires et juridiques. La langue de spécialité stricto sensu ne se mettra vraiment en place qu’à la fin du siècle, lorsque la première génération de chercheurs confirmés transmettra des consignes d’écriture d’article scientifique aux chercheurs débutants. Dans la période qui nous concerne, même s’il reste plus ancré dans les habitudes langagières d’un groupe social que d’un métier, on peut considérer que l’ouvrage de Charles Lyell, Principles of Geology 1831, est le premier témoignage consistant d’une transition vers une langue spécifique de l’anglais des géologues.
On ne doit pas sous-estimer tout ce que le développement de la science en Grande-Bretagne doit à ces « amateurs », dans le sémantisme anglais du terme. L’exemple le plus connu est vraisemblablement James Prescott Joule, patron d’une brasserie et physicien. On n’oubliera pas que lorsque Darwin se prépare à embarquer sur le Beagle, en 1831, il peut compter sur le concours de deux proches qui sont les références dans leur sujet, le Révérend John Henslow en botanique et le Révérend Leonard Jenyns en entomologie.
Que les universités traditionnelles aient à peine commencé à accepter des non-anglicans et à entamer un long processus vers la laïcisation30 ne constitue pas la seule explication du grand nombre de pasteurs actifs dans la science britannique du dix-neuvième siècle. Pour former les esprits curieux intéressés par la paléontologie et la géologie naissantes, les associations d’érudits locaux ont su prendre le relais d’une université qui était plus à l’aise avec sa mission de composante institutionnelle de l’Eglise établie qu’avec sa mission de recherche.
C’est le Révérend Gilbert White31 qui semble à l’origine d’un mouvement qui a amené beaucoup de ses collègues à s’engager dans ces organisations où ont rapidement émergé des sous-groupes spécialisés dans la collection de fossiles. Ce sont deux d’entre eux, le Révérend Benjamin Richardson et le Révérend Joseph Townsend, qui ont aidé l’autodidacte Willam Smith à devenir le père fondateur de la géologie britannique en 179832. Avant, et quelque temps après, l’émergence de la Geological Society ce sont vraisemblablement les canaux utilisés dans les communications entre pasteurs qui ont permis la diffusion de la terminologie (comme l’holoptichius qui est le marqueur de l’old red sandstone, traduit dans les textes de l’époque par ‘le vieux grès rouge des Anglais’ ) et des informations scientifiques de base. Une forme de langage spécialisé des clubs de collectionneurs de fossiles a pu ainsi exister avant que les comités de rédaction des revues universitaires puissent assumer leur rôle langagier.
Ce sont aussi deux représentants de ce groupe social de clergymen collectionneurs qui vont mettre en place les premiers enseignements de géologie à Oxford puis à Cambridge. Vers 1810, le Révérend William Buckland fait part de son enthousiasme pour les fossiles à des groupes informels d’étudiants. Quelques tutorials ne débouchant pas sur un diplôme voient le jour en 1813. En 1818, il réussit à convaincre le Prince régent de créer une chaire. Lorsque Cuvier et Murchison lui rendront visite, à l’exception d’une seule chaise, des fossiles étaient amassés sur tous les meubles du logement que lui avait attribué l’université. On sait que son aptitude à communiquer sa passion suscitera la vocation de géologue de Charles Lyell. Buckland passait de très nombreux mois sur le terrain et découvrira en 1824 les ossements du premier mégalosaure connu ; c’est lui qui inventera le terme.
Cambridge procédera de manière différente et nommera en 1818, pour la première fois dans les annales de la chaire de géologie, un docteur en théologie qui promettait de s’intéresser effectivement à la discipline qu’il était supposé enseigner. Le Révérend Adam Sedgwick fera mieux que tenir sa promesse à minima, ce sont ses nombreux déplacements au pays de Galles qui expliquent qu’autant de noms de périodes géologiques ont un lien avec l’histoire ou la géographie de cette région. C’est lui aussi qui assurera, en quelques semaines, la formation sur le terrain dont Darwin avait besoin avant de s’embarquer sur le Beagle.
La Grande-Bretagne s’est affirmée comme une nation scientifiquement dominante en ce début de dix-neuvième siècle ; elle semble le devoir en grande partie à des ‘amateurs’ qui ont occupé un terrain laissé vierge par une institution mal à l’aise avec d’autres sujets d’étude que la théologie et les lettres classiques.
La Geological Society se réunissait deux fois par mois, de novembre à juin, pour écouter des communications et en discuter. Ces débats se prolongeaient souvent par des expéditions de plusieurs semaines sur le terrain pendant les mois d’été, comme cela a été le cas lorsqu’un nom de site d’investigation a été donné aux grandes périodes géologiques.
Une revue spécialisée, Transactions of the Geological Society (1811) et une publication, Proceedings of the Geological Society (1827), permettant de rendre compte plus rapidement des débats, ont fait connaître les progrès réalisés dans les sciences de la terre en Grande-Bretagne et dans d’autres pays. Un membre du bureau était chargé des contacts avec les géologues étrangers, plusieurs des grands noms que nous avons cités plus haut ont fait des conférences hors du Royaume-Uni (comme Buckland à Alençon en 1837), et des sorties géologiques de plusieurs semaines, voire plusieurs mois (dans un premier temps, Allemagne 1838 et 39, France (Ardennes 1835, Boulogne-sur-Mer 1840), Belgique 1835, ensuite Russie 1841(Murchison) et Etats-Unis 1841 (Lyell)).
La seconde société savante où des géologues étaient actifs, The Geological Section of the British Association for the Development of Science, a été fondée en 1831. Elle a fonctionné sur un créneau complémentaire en rassemblant des communautés de géologues dans plusieurs grandes villes de province et en y organisant son congrès annuel alors que la Geological Society fonctionnait essentiellement à Londres. Cette concurrence ne semble pas avoir eu de conséquences en termes d’anglais des géologues, les ‘vedettes’ de la société plus ancienne ayant pris soin de ne pas être absents des débats de la plus récente.
Rudwick souligne l’importance de la disposition de la salle de réunion dans le vécu de la Geological Society, conçue sur le modèle du parlement de Westminster – et, ajoutons-nous, sur celui complémentaire des debating societies d’Oxbridge – : les back benchers étaient en attente de joutes oratoires entre les front benchers. Les chercheurs reconnus, amateurs en majorité, s’asseyaient au premier rang, les collectionneurs de fossiles derrière eux, le grand public intéressé occupait les dernières travées. On remarquera la conséquence langagière de cette situation : la ligne de clivage entre la langue spécialisée d’une discipline et la langue des lecteurs cultivés des bons journaux ne se situait pas là où elle se situe de nos jours.
Lors d’une discussion déjà ancienne avec Rom Harré33, il était apparu qu’y compris au niveau de la création d’une strate de langue de bonne vulgarisation, certaines émissions de télévision de bon niveau avaient pris le relais, à la fin du vingtième siècle, de ce contact plus direct avec les érudits locaux et le grand public intéressé. On doit noter que les dessins parus dans la presse de l’époque font état d’une forte participation féminine à ce type de réunion, ce qui est à noter dans l’Angleterre du début du dix-neuvième où beaucoup de femmes intelligentes étaient cantonnées dans une pièce obscure de la maison34. Dans les premiers chapitres de The Lost World, Conan Doyle met en scène à la Zoological Society un affrontement du type des polémiques de la grande époque du Devonian.
On ne doit pas oublier que ce sont les géologues de cette époque qui ont mis au point les codes graphiques et les codes de couleurs utilisés dans les croquis géologiques : le pointillé pour le grès, les parallèles pour les schistes, les briques pour le calcaire. Ces questions ont un prolongement lexical : si un géologue écrit d’un autre ‘he would colour Devonshire the old fashioned way’ cela ne veut pas dire que le code couleur des roches a changé, cela signifie que la personne dont on parle n’accepte pas le Devonian comme période géologique.
Nous reviendrons en dernière partie sur un lobbying politique efficace.
La société a été à l’initiative de publications en commun et d’autres collaborations avec des chercheurs étrangers. Nous ne mentionnerons ici que la publication en 1845, en Angleterre du tome 1, en France du tome 2 de Géologie de la Russie d’Europe et des Montagnes de l’Oural écrits par Murchison, Edouard de Verneuil et Alexander von Keyserling.
Il nous semble important de signaler que sept des dix noms que nous avons cités parmi les pères fondateurs de la discipline sont présents dans des bibliographies d’ouvrages récents. Les livres d’au moins quatre d’entre eux sont mentionnés dans des enseignements à l’université. Retenons particulièrement le livre The Silurian System, 1837 de Murchison, celui que sa profession d’origine avait le moins préparé à ce type d’activité. Depuis quelques années, le ‘classique’ de Charles Lyell, Principles of Geology, peut être facilement téléchargé sur la toile.
Aujourd’hui, on peut remarquer que ces amateurs – le sémantisme anglais du terme s’est heureusement révélé plus pertinent que le français – se sont débrouillés aussi bien et parfois même mieux que bien des ‘professionnels’ du dernier plan quadriennal recherche. Comparer le bilan de la Geological Society avec le fonctionnement de sociétés savantes de nos jours met en évidence que les ‘scientists’ pour qui le terme avait été créé ont su mettre en place des bases utiles pour la recherche de leurs successeurs. On comprend mieux pourquoi une fois que l’establishment politique a levé l’interdit sur la recherche géologique, une génération de chercheurs a pu rattraper une partie du retard sur des sciences qui se développaient depuis vingt-cinq siècles et faire état d’un bilan qui ne serait pas renié par beaucoup des sociétés savantes ‘professionnelles’ d’aujourd’hui.
Les archives dépouillées par Rudwick mettent en évidence les grandes capacités de négociation des dirigeants de la Geological Society avec les autorités politiques. Rappelons que Buckland et Sedgwick avaient dû leur chaire au soutien du Prince Régent, qu’Henry de la Bèche après avoir vécu de contrats successifs auprès de diverses autorités et des négociations ardues pour obtenir l’équivalent d’un salaire a atteint une stabilité financière et la reconnaissance sociale lorsqu’il s’est vu proposer la direction du Museum of Economic Geology. Sedgwik, après la période qui nous intéresse, a régulièrement été invité à prendre le thé à Windsor, avec la reine Victoria et le prince Albert.
On doit mesurer que pour soutenir les praticiens de la nouvelle discipline, les responsables politiques de l’époque devaient composer avec, voire affronter, l’establishment religieux. Cette composante de l’appareil d’état avait construit un dispositif idéologique contraignant fondé sur les travaux de l’évêque Ussher35 situant la création du monde le 23 octobre 4004 AVJC.
Comme l’a souligné S.J. Gould36, le reproche à formuler ne doit pas porter sur le contenu des travaux d’un des meilleurs spécialistes en langues anciennes du dix-septième siècle, qui a travaillé avec les moyens d’investigation disponibles de son temps, mais sur leur utilisation par les autorités politiques et religieuses de diverses époques pour encadrer l’activité scientifique. La violence du débat, à propos d’ Origin of Species de Darwin, entre l’évêque Wilberforce et Thomas Huxley le 30 Juin 1860 à Oxford, montre d’ailleurs que l’establishment religieux britannique, les politiciens et les universitaires qui lui étaient associés, ont manifesté une résistance forte aux avancées de la science concomitantes à une tendance forte de laïcisation de la recherche.
On rappellera que lorsque Ussher y a été nommé en 1625, l’évêché d’Armagh37 était, bien plus encore que de nos jours, éminemment stratégique pour les autorités d’occupation. L’efficacité d’Ussher comme idéologue de la colonisation de l’Irlande lui a valu d’être apprécié tant par des rois Stuart que par Cromwell et de se voir accorder des funérailles d’Etat à l’abbaye de Westminster en 1656. A l’inverse, de nombreux Irlandais connaissant bien l’histoire de leur pays lui reprochent d’avoir, avec son intelligence redoutable, recyclé les premiers grands noms de l’église nationale dans les textes fondateurs de l’église instrumentalisée par la puissance colonisatrice.
Bien avant que les dirigeants britanniques ne s’avisent que contrôler la science allait dans le sens qu’ils donnaient à leur action politique, divers responsables politiques et religieux en Allemagne, Autriche, Italie, Pologne, etc. avaient eu l’intuition que consolider leur pouvoir passait par un contrôle strict de l’activité des chercheurs scientifiques38.
Dès la fin du dix-septième siècle, quelques responsables de l’édition et de l’impression des Bibles ont disposé la chronologie d’Ussher de manière à ce que de nombreux lecteurs en déduisent que la date du 23 Octobre 4004 AVJC figurait en toutes lettres dans l’Ancien Testament. Cette confusion a de facto rendu anathème tout travail scientifique sur les fossiles et l’origine de la terre.
L’anecdote racontée par Simon Winchester39, qui a étudié la géologie à Oxford, avant de vivre de sa plume, est révélatrice de quelques effets pervers de cette croyance aveugle. Il relate qu’au milieu du dix-huitième siècle, beaucoup de villageois ne considéraient pas d’un bon œil ceux qui s’intéressaient trop ouvertement aux fossiles apparus au fil d’une promenade, parfois même on punissait les enfants qui jouaient avec. Derrière cette diabolisation, on peut comprendre que certaines des mises en garde proférées dans des lieux de culte étaient le fait d’érudits, qui savaient fort bien qu’un intérêt trop prononcé pour les fossiles déboucherait inévitablement sur la contestation de la version officielle de l’histoire de la terre.
Lorsque William Smith a convaincu des grands propriétaires souhaitant ouvrir un canal ou un puits de mine, que la stratigraphie, qu’il avait mise au point, fondée sur la présence de tel ou tel fossile, leur rendrait les plus grands services, tant sa personnalité que son éloignement des préoccupations théoriques lui ont permis de contourner quelques obstacles institutionnels. Autodidacte, il n’avait pratiquement aucune relation avec des intellectuels susceptibles de troubler les jeux du pouvoir en place. Financièrement fragile, il dépendait totalement des maîtres d’ouvrage ou de mécènes. Avec lui s’ouvrait la perspective d’une géologie cantonnée au terrain, ne s’interrogeant pas du tout sur les retombées philosophiques de ses découvertes, préoccupée exclusivement par ses applications industrielles. Il est vraisemblable que certains responsables aient vu dans la nouvelle discipline une piste à suivre pour résoudre quelques problèmes économiques et sociaux d’une Angleterre mal en point après les dépenses des guerres napoléoniennes.
Nous avons vu plus haut que le fait que « carboniferous » ait été la première période géologique identifiée et dénommée met bien en évidence le rôle moteur de l’économie dans la mise en place de la nouvelle discipline. Les quelques paragraphes qui précédent ont pu paraître nous éloigner du lexique, mais une langue de discipline ne peut fonctionner que si ceux qui sont à même de la pratiquer disposent des structures appropriées et ne craignent pas en permanence pour leurs revenus, leur carrière voire parfois leur vie40. Si une partie du personnel politique ne s’était pas donné les moyens de faire sauter le verrou universitaire et religieux ostracisant toute recherche sur les origines de la terre, la langue des géologues aurait émergé dans un autre pays que la Grande-Bretagne et aurait eu un contenu lexical différent. Pour nous limiter à un seul exemple, aucune lexie associée à l’histoire du pays de Galles n’aurait vraisemblablement fait partie des termes de base.
On peut considérer comme vraisemblable qu’une fraction des establishments universitaires et politiques était parfaitement au fait de l’incompatibilité des avancées des connaissances avec l’enseignement officiellement dispensé. Trois noms apparus au cours des recherches préalables à la rédaction de cet article semblent avoir joué un rôle de deus ex machina pour permettre aux sciences de la terre d’accéder à la réflexion théorique et de disposer d’une langue pour l’exprimer.
Celui qui était chancelier de l’échiquier en 1807, année de la fondation de la Geological Society, Henry Petty Fitz-Maurice, plus tard connu comme lord Lansdowne, ancien de Trinity College, Cambridge, appartenait à une famille qui avait, une génération auparavant, accueilli dans leur demeure41 un pasteur non conformiste interdit professionnel. On peut y visiter aujourd’hui le laboratoire où Joseph Priestley a découvert l’oxygène. Outre les documents d’archive dépouillés par Rudwick qui font état d’interventions du chancelier, il semble évident que seul l’appui de personnalités politiques de premier plan a pu permettre aux premiers géologues de résister au choc frontal avec les traditionalistes religieux et leurs relais universitaires.
Deux premiers ministres dans la période de la polémique autour du Devonian, Robert Peel, ancien de Christchurch, Oxford, tory et William Lamb, devenu plus tard Lord Melbourne, ancien de Trinity College Cambridge, whig, ont à un moment de leur carrière occupé le siège parlementaire dévolu à leur alma mater dans les usages de l’époque. Ils connaissaient donc bien ceux qui n’iraient pas dans le sens des idées nouvelles dont le pays avait besoin et étaient en mesure de détecter ceux qui auraient le calibre de changer les choses.
Robert Peel a privilégié l’appui à un de ces excentriques42 qui jalonnent l’histoire d’Oxford, qui réussissent parfois à faire passer des idées qui, émises par un autre, susciteraient des levées de boucliers. Lord Melbourne a soutenu avec beaucoup de doigté Adam Sedgwick, peut-être après avoir remarqué que sa force de caractère peu commune lui permettrait de concilier un parcours ecclésiastique avec un rôle actif dans une science dont la pratique était peu en phase avec l’enseignement officiel de son église.
On peut penser que si la géologie n’a pas émergé avec autant de force en France qu’au Royaume-Uni c’est parce que la contradiction entre une recherche issue d’institutions créées par la Convention Nationale et les monarchies de 1815 et 1830 n’ a pas permis aux chercheurs français de bénéficier de l’appui sans faille du pouvoir politique.
Quelques faits mis en évidence lors de la dernière campagne présidentielle aux États-Unis soulignent à quel point la pratique d’une science et du langage qui lui permet d’exister dépendent des interactions entre diverses structures économiques et politiques au sommet de l’Etat. Si une partie du personnel politique de la Grande-Bretagne du début du dix-neuvième a suscité les conditions favorables au développement des sciences de la terre, les proches de l’actuel Président des Etats-Unis font en sorte que beaucoup de jeunes Américains n’aient pas accès à un enseignement compatible avec les avancées de la science effectuées dans les grandes universités de la côte est et de la côte ouest et de quelques grands campus de l’intérieur (Evanston, Ann Harbor etc...). Lorsque des télévangélistes relayés par des parents d’élèves et des forces politiques souhaitant l’interdiction des enseignements issus d’un siècle et demi de recherche universitaire censurent les enseignants capables de préparer leurs élèves à la langue de la science de demain, une dramatique sélection par l’habitat des jeunes Américains va empêcher nombre d’entre eux d’accéder à des métiers d’avenir.
Les fonds investis dans le Creation Museum de Cincinnati ou des « universités » où les enseignements de biologie et géologie doivent faire référence à une lecture étriquée et réductrice de l’Ancien Testament illustrent bien la volonté politique de groupes de pression pour amener à extinction les termes utilisés dans les langues des biologistes et des géologues. Le terme même de <flood geology> trahit le caractère ascientifique de la démarche créationniste : le résultat des recherches et des expériences est donné avant que celles-ci aient même commencé.
Nous citerons une argumentation et un texte pour montrer comment ces fondamentalistes argumentent pour étouffer deux sciences de la nature et de la vie et leur langue. Les créationnistes disent ne pas comprendre pourquoi la géologie d’Harvard et de Berkeley soutient pourquoi le pétrole n’a pu être créé par Dieu en six mille ans alors qu’un simple ingénieur peut en vingt-quatre heures faire du pétrole synthétique43.
Le texte suivant, qui emploie des termes dont l’émergence a été signalée plus haut dans cet article, sous la plume d’un des vice-présidents d’une des organisations créationnistes, John Morris PhD, ne suscitera aucun commentaire de notre part : il devrait se détruire de lui-même après lecture :
Somewhere in the world the middle Cambrian grades comfortably into the upper Cambrian, which somewhere grades into lower Ordovician then middle Ordovician and so on. From the Cambrian upwards the geologic strata are a record of continuous, catastrophic, rapid deposition under flood waters. This is what we would expect based on the Biblical account of the great Flood.
Nous regrettons beaucoup que pour donner l’illusion d’une caution à une démarche qui vise à l’extinction de toute vraie activité scientifique dans les domaines de la nature et de la vie, certains créationnistes aient jugé utile de ‘récupérer’ des textes de Buckland et Sedgwick. Que ces deux pionniers des sciences de la terre aient essayé de concilier la vision des choses défendue par leur église avec la science qu’ils contribuaient à constituer, qu’ils aient eu des hésitations, voire qu’ils aient « calé la voile44 » appartient à l’histoire des sciences, mais ne doit pas constituer une tache sur leur mémoire.
Peut-on aller jusqu’à penser que James Ussher a été puni pour avoir confondu recherche et idéologie? Que de nombreux Américains, dont on peut penser que la capacité de lecture de son livre ne va pas au-delà d’un paragraphe, en affichent ostensiblement une édition récente reliée dans leur salon constitue vraisemblablement un châtiment approprié.
On devrait retenir d’Adam Sedgwick qu’il a innové de manière très intéressante dans la langue scientifique. La tradition voulait que l’on attribue le nom d’une plante au premier botaniste qui l’avait insérée dans son herbier, Sedgwick a été plus loin dans la réflexion sur l’activité d’une communauté et non d’un individu dans la science en donnant comme ligne de conduite de nommer un phénomène géologique d’après la première région où il avait été identifié.
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Bibliographie
Encyclopaedia Britannica
Harré H.R
Great Scientific Discoveries, Oxford UP 1982
Varieties of Realism, Oxford : Blackwell’s 1986
LAFONT Robert, Le Travail et la Langue, Paris : Flammarion, 1978.
LECERCLE Jean-Jacques, Une Philosophie Marxiste du Langage, Paris : PUF, 2004
RUDWICK Martin, The Great Devonian Controversy , University of Chicago Press, 1985
TOURNIER Jean, Introduction Descriptive à la Lexicogénétique de l’Anglais Contemporain, Genève :Champion Slatkine 1985
VIDALENC Jean-Louis
Histoire des Sciences et Didactique de l’Anglais, Rapport au Ministére de L’Education Nationale (Rénovation Pédagogique de L’Enseignement Supérieur) , Contrat DESUP 11 3.22.01. Maurice Cling Ed., Contrastes 14/15, Octobre 1987, 217-242.
Analyse de quatre discours (sciences, histoire des sciences, romans contemporains, langue des films) applications à l’enseignement à l’université. Document de synthèse d’HDR, Université Paris X Nanterre, 6 Mai 1995
Récit de voyage, rupture de paradigme en histoire des sciences et mutations lexicales. (Analyse sémantique de Dr Copernicus et Kepler de John Banville) Jean Vivies ed, in Récits de Voyages et Romans Voyageurs Jean Vivies Vanessa Guignery eds Publications de l’Université de Provence.
Wikepedia, Encyclopédie en ligne.
WINCHESTER Simon The Map that Changed the World, Harmondsworth : Penguin Viking 2001.
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Pour citer cet article :
URL: http://stylistique-anglaise.org/document.php?id=271
(Consulté le 20 juin 2013)
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