30 (2008)

Avant-propos

On oppose traditionnellement la langue au style, ce dernier étant fréquemment défini comme un « écart » par rapport à une langue « neutre », non marquée, que prendrait pour objet d’étude la grammaire dite « normative ». Le style serait alors un résidu extérieur à la langue, une entité ajoutée, produit de l’énonciation individuelle, et la grammaire, prenant pour objet cette langue neutre, s’opposerait au style. Il y aurait alors un continuum entre la langue et le style, entre la grammaire qui étudie la langue, et le style.

Or cette langue neutre existe-t-elle ? Existe-t-il un « degré zéro de l’écriture » pour reprendre l’expression de Barthes ? Peut-on ou doit-on, à des fins didactiques, séparer la correction grammaticale du style ? Pourrait-on envisager le style comme déjà présent dans la langue ? Dans cette optique, la langue serait-elle la somme de tous les styles ? Le style, envisagé sous cet angle, serait-il grammaticalisable ? Si oui, quel type de grammaire pourrait rendre compte de la langue comme manifestation sociale réalisée à travers l’énonciation individuelle, pour reprendre les termes de Benveniste ? Si le style « c’est précisément le procédé d’une variation continue », comme le soulignent Deleuze et Guattari, l’objet de la grammaire n’est plus la langue comme ensemble de procédures attestées mais le style comme utilisation de ces procédés attestés dans un cadre énonciatif particulier, qui suppose un genre particulier, qu’il s’agit parfois de transgresser. Quelles sont alors les contraintes que le genre impose au style ? En outre, si le style est dans la langue, comment la langue génère-t-elle son propre « reste » ?

C’est entre autres à ces interrogations que ce recueil d’articles entend répondre. Toutes les présentations, qu’elles se placent à un niveau théorique, qu’elles portent sur des textes littéraires ou qu’elles se proposent d’analyser d’autres types de discours (discours politique, discours de spécialité), tentent d’apporter des éléments de réponse à la problématique esquissée, à savoir qu’est-ce que le style, peut-on le concevoir en dehors de la langue ? Comment le situer par rapport à la grammaire ?

Le présent ouvrage, qui rassemble les communications présentées lors du colloque sur la grammaire et le style : domaine anglophone, qui s’est tenu à Aix-en-Provence les 17 et 18 novembre 2006, à l’initiative de la Société de Stylistique Anglaise, et sous les auspices du LERMA et du CREA, devrait donc contribuer, à travers la diversité des angles d’approche proposés, à faire avancer la réflexion sur ce phénomène complexe qu’est la définition du style dans ses rapports avec la grammaire.

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