30 (2008)

Laurent Rouveyrol

D’une grammaire de la subjectivité au style médiatique : l’exemple des débats politiques1

Résumé

Cet article se fonde sur la perspective bakhtinienne suivant laquelle grammaire et style ne sauraient être dissociés pour envisager le concept de genre de discours. Il est donc question de proposer un modèle informatisé destiné à appréhender les modes d’implication de locuteurs dans le cadre de débats télévisés politiques ayant été diffusés lors de la campagne présidentielle américaine de 2004. Les styles individuels de G.Bush et de J.Kerry apparaissent donc en fonction de paramètres pragmatico-énonciatifs pris en compte par le modèle. Les statistiques révèlent entre autres que la combinaison de traits est plus signifiante que la matérialité textuelle pour différencier les pratiques discursives.

Grammaire et style sont deux domaines qui ont inspiré de nombreux écrits, mais ils ont rarement été traités autrement que séparément. Une des raisons que l’on peut avancer pour tenter d’expliquer cela est que la grammaire renvoie prioritairement à la langue et que le style est plutôt lié à un locuteur ou bien à sa production discursive. L’angle d’approche que constitue l’analyse de discours semble donc parfaitement approprié pour établir un lien solide entre grammaire et style si l’on fait intervenir la notion de stratégie langagière. Ainsi, la grammaire devient une composante essentielle du concept de style, un instrument indispensable à la praxis faite discours.

Dans le cadre du discours politique, le terme de praxis est particulièrement pertinent, puisque c’est avec le discours et par celui-ci que la société se créée, se change. Nous allons nous intéresser aux débats politiques américains ayant eu lieu en 2004 entre George Bush et John Kerry pour donner corps à cette idée. L’angle d’approche est celui de la subjectivité identifiable dans le discours, traitée de façon informatique. Nous souhaiterions poser un certain nombre de questions, permettant de faire progresser l’analyse aussi bien que la méthodologie.

Quel style les deux participants adoptent-ils dans leur interaction ? Comment le déterminer de façon la plus objective qui soit : comment concevoir une grammaire de la subjectivité cohérente avec le cadre ? Par-delà l’analyse des stratégies mises en place, quelle conception du style formaliser pour analyser ce genre de discours si particulier ? Telles sont les questions que nous aimerions aborder dans les pages qui suivent.

Notre point de départ sera que grammaire, style et genre sont indissociables en tant que notions et s’inter-définissent. Pour en être convaincu il convient de revenir sur les écrits fondateurs de Mikhaïl Bakhtine.

Bakhtine (1984 : 265) explicite très clairement le lien entre grammaire, genre et style de langue :

Les domaines de l’activité humaine, aussi variés soient-ils, se rattachent toujours à l’utilisation du langage. Quoi d’étonnant si le caractère et le mode de cette utilisation soient aussi variés que les domaines eux-mêmes de l’activité humaine, ce qui n’est pas en contradiction avec l’unité nationale d’une langue. L’utilisation de la langue s’effectue sous forme d’énoncés concrets, uniques (oraux et écrits) qui émanent des représentants de tel ou tel domaine de l’activité humaine. L’énoncé reflète les conditions spécifiques et les finalités de chacun de ces domaines, non seulement par son contenu (thématique) et son style de langue, autrement dit par la sélection opérée dans les moyens de la langue (moyens lexicaux, phraséologiques et grammaticaux), mais aussi et surtout par sa construction compositionnelle. Ces trois éléments (contenu thématique, style et construction compositionnelle) fusionnent indissolublement dans le tout que constitue l’énoncé, et chacun d’eux est marqué par la spécificité d’une sphère d’échange2. Tout énoncé pris isolément est, bien entendu, individuel, mais chaque sphère d’utilisation de la langue élabore ses types relativement stables d’énoncés, et c’est ce que nous appelons les genres du discours

Cette perspective est tout à fait compatible avec une approche interactionniste qui donne au discours toute sa dimension sociale. Bakhtine (1984 : 306) exprimait déjà la nécessité de se situer sur ce plan. Pour lui, "quand on néglige le rapport du locuteur à l’autre et aux énoncés de ce dernier (acquis ou présumés), on ne peut comprendre ni le genre ni le style d’un discours".

Bien plus, c’est l’interaction verbale, "la réalité fondamentale de la langue" (Bakhtine, 1977 : 136) qui permet d’envisager une perspective stylistique. Chaque acteur social, émanant d’une sphère sociale particulière se situe dans un genre donné, pour permettre l’échange ; ce faisant, il adopte des stratégies propres et individualisantes : "rien que la sélection qu’opère le locuteur d’une forme grammaticale déterminée est déjà un acte stylistique". (Bakhtine, 1984 : 272)

L’identification d’un style individuel ne peut se faire que lorsqu’un style de genre est aussi envisagé, correspondant à la somme des pratiques des acteurs dans le même cadre. Cette "somme de pratiques" a également été formalisée par le concept des "formations socio-discursives" mis au point par Foucault (1969). Une telle perspective a inspiré notamment les fondateurs de la Critical Discourse Analysis. Bakhtine (1984 : 269) quant à lui, parle volontiers de "sphères de l’échange verbal":

 La définition d’un style en général et d’un style individuel en particulier exige une étude approfondie de la nature de l’énoncé et de la diversité des genres du discours. Le lien indissoluble, organique, du style et du genre apparaît aussi avec une grande netteté lorsqu’il s’agit du problème d’un style de langue ou de fonction. En fait, le style de langue ou de fonction n’est rien d’autre que le style d’un genre propre à une sphère donnée de l’activité et de la communication humaine. Chaque sphère connaît ses genres, appropriés à sa spécificité, auxquels correspondent des styles déterminés. Une fonction donnée (scientifique, technique, idéologique, officielle, quotidienne) et des conditions données, spécifiques pour chacune des sphères de l’échange verbal, engendrent un genre donné, autrement dit, un type d’énoncé donné, relativement stable du point de vue thématique, compositionnel et stylistique.

On voit très clairement ici que l’interaction verbale en tant que réalité incontournable de la communication doit être un élément fondamental de l’analyse stylistique ; on trouve chez Bakhtine la notion de dialogisme. Par cette voie, on étend les frontières de l’interaction à un plan virtuel, ce qui permet d’identifier les autres voix qui traversent un discours, d’où des relations privilégiées avec le style (1984 : 300) :

Les harmoniques dialogiques remplissent un énoncé et il faut en tenir compte si l’on veut comprendre jusqu’au bout le style de l’énoncé. Car notre pensée elle-même - que ce soit dans les domaines de la philosophie, des sciences, des arts - naît et se forme en interaction et en lutte avec la pensée d’autrui, ce qui ne peut pas ne pas trouver son reflet dans les formes d’expression verbale de notre pensée.

Le style est indissociablement lié à des unités thématiques déterminées et, ce qui est particulièrement important, à des unités compositionnelles : type de structuration et de fini d’un tout, type de rapport entre le locuteur et les autres partenaires de l’échange verbal (rapport à l’auditeur, ou au lecteur, à l’interlocuteur, au discours d’autrui, etc.). Le style entre au titre d’élément dans l’unité de genre d’un énoncé. 

Bakhtine ouvre une piste de plus en proposant la perspective de l’évolution des genres, parfaitement en accord avec celle des acteurs faisant évoluer des cadres socioculturels par leurs pratiques. 

Là où il y a style il y a genre. Quand on fait passer le style d’un genre à un autre on ne se borne pas à modifier la résonance de ce style à la faveur de son insertion dans un genre qui ne lui est pas propre, on fait éclater et on renouvelle le genre donné. (1984 : 271)

On revient à notre point de départ en retombant sur la notion de praxis, ici envisagée de façon évolutionniste en liaison avec le genre. Elle nous invite tout naturellement à intégrer à notre réflexion la notion de "variation", comme étant la résultante de l’activité langagière individuelle.

Penelope Eckert et John R. Rickford souhaitent placer le concept de style au centre des études variationnelles, en tant que : "locus of the individual’s internalization of broader social distributions of variation".

Variation, style et cadre social sont étroitement liés (2001) : "But as social theories of variation develop greater depth, they require a more sophisticated, integrative treatment of style that places variation within the wider range of linguistic practices with which speakers make social meaning".

Nous partirons du principe que style et variation sont identifiables quand on croise deux conceptions de norme interne : (1) des constances sont déterminables dans la production discursive liée à une source ; (2) la variation se constate en fonction des stratégies d’autres locuteurs dans le même cadre. Et les deux s’inter-définissent. Autrement dit, on peut pervertir une formule célèbre concernant le style, à savoir Le style, c’est l’homme même (Buffon, 1753), pour la transformer en une autre, qui s’avère juste méthodologiquement, dans une dynamique d’individuation, le style, c’est l’autre.

Partant du principe que l’activité de discours est une praxis orientée vers le fait d’articuler les différentes tensions entre les règles du genre, la sélection de marqueurs et la volonté de singulariser sa voie, comment donc définir les éléments qui pourraient servir à formaliser une grammaire de la subjectivité dans le cadre interactionnel qui est le nôtre ? Quels types de phénomènes langagiers pourraient nous aider à identifier des styles de pratique ?

Les débats que nous avons choisis d’étudier sont lourdement codifiés et ritualisés. Prenons par exemple la première intervention du journaliste Jim Lehrer, qui explicite les règles du jeu :

Tonight’s debate will last 90 minutes, following detailed rules of engagement worked out by representatives of the candidates. I have agreed to enforce their rules on them.

The umbrella topic is foreign policy and homeland security, but the specific subjects were chosen by me, the questions were composed by me, the candidates have not been told what they are, nor has anyone else. For each question there can only be a two-minute response, a 90-second rebuttal and, at my discretion, a discussion extension of one minute. A green light will come on when 30 seconds remain in any given answer, yellow at 15, red at five seconds, and then flashing red means time’s up. There is also a backup buzzer system if needed. Candidates may not direct a question to each other. There will be two-minute closing statements, but no opening statements. There is an audience here in the hall, but they will remain absolutely silent for the next 90 minutes, except for now, when they join me in welcoming President Bush and Senator Kerry.

Un certain nombre d’implications dérivent de ce dispositif ; l’interaction est indirecte : Candidates may not direct a question to each other. La parole est monogérée, monologale mais naturellement dialogique. Les interventions à prévoir sont donc longues et renvoient aux opinions des deux candidats sur les questions posées. Ceci est d’importance pour aboutir à un concept de subjectivité opérationnel sur le genre étudié car tout énoncé, quelle que soit sa forme, renvoie donc à une forme de subjectivité.

Dans le cadre du débat télévisé présidentiel, réunissant deux candidats désireux de développer leurs opinions, on peut distinguer deux cas de figure linguistiques : un locuteur peut marquer son investissement personnel explicitement (par les modaux, prédicats divers de type "I think ") ou bien mettre en discours une apparence de neutralité. On définit donc la subjectivité comme une réalité graduelle en tension entre ces deux pôles, pouvant intégrer une kyrielle de phénomènes touchant à toutes les strates formant le discours. Le modèle proposé a pour ambition de formaliser ces phénomènes en fonction du cadre communicationnel et de la conception de la subjectivité qu’il induit.

Nous rejoignons alors la vision de  Norman Fairclough concernant la notion de modalité (1995 : 36) :

The concept of ‘modality’ is used in a very general way to cover features of texts which express speakers’ and writers’ attitudes towards themselves, towards their interlocutors and towards their subject-matter’ (Fowler et alii, 1979 : 200). Choices of pronouns, modal auxiliaries, speech acts, and many others, are included within modality.

Dépasser la dichotomie présence/absence de subjectivité ou encore subjectif/objectif est une nécessité qu’impose notre corpus, il convient donc de s’interroger sur la nature de ces "many others" qui font partie de la notion de modalité et que le cadre situationnel induit. Fairclough mentionne les actes de langage, cela nous oriente vers une conception plus large de l’activité des sujets que le simple fait de choisir des mots. L’attitude pragmatique des uns face aux autres, le comportement interactionnel des locuteurs, le choix des activités cognitivo-discursives (narration, description, argumentation) sont des éléments à prendre en compte dans un cadre comme le nôtre.

Dans sa conception, le modèle intègre les réflexions précédentes et a pour ambition de s’appuyer sur la matérialité du texte tout en permettant de la dépasser en considérant le niveau des activités co-construites.

Le modèle tire sa source de trois cadres théoriques compatibles et complémentaires. L’aspect interactionnel, énonciatif ainsi que le côté générique et discursif complètent une série de marqueurs explicites. On part donc des locuteurs pour descendre jusqu’au niveau microlinguistique.

L’aspect interactionnel renvoie à la théorie des interactions verbales développée par Robert Vion depuis 1992. On retiendra notamment le « modèle à cinq places », qui a vu le jour dans « la gestion pluridimensionnelle du dialogue » (1995) et les mises en scène énonciatives (1998)3. Ces concepts constituent l’ossature essentielle de notre modèle. L’espace interactif que les interactants construisent et modifient à loisir prend appui sur cinq rapports de place. La place institutionnelle concerne le cadre générique a priori, le rapport peut être symétrique ou asymétrique : professeur/élève, ami/ami.  La place modulaire renvoie aux sous-genres développés localement par les co-participants : module conversationnel, polémique. La place subjective renvoie à l’image  que se donnent individuellement et interactivement les communicants : rapport expert/non expert.  La place discursive renvoie aux tâches cognitivo-discursives que les sujets entreprennent : choisissent-ils une narration, une description ? Font-ils plutôt le choix d’argumenter ? Enfin, la place énonciative, la plus fine, permet de descendre profondément dans la structure microlinguistique de l’énoncé. C’est à ce niveau que la notion de mise en scène énonciative est pertinente. On se demande comment le locuteur organise les voix qui traversent son discours.

La Critical Discourse Analysis mise au point par Fairclough (1995, 1998) offre une théorisation des genres et des discours en accord avec l’aspect médiatisé de l’interaction étudiée ici. Quelle relation le langage entretient-il avec les processus sociaux ? Telle est la question posée. Fairclough propose une vision intégrative de la modalité que nous avons déjà mentionnée. Le fait de vouloir identifier des "ordres de discours" (inspirés de Foucault) dans les productions des locuteurs autorise une distinction très heuristique entre genre (communicationnel) et discours (intégrant la notion de point de vue). Ainsi l’ordre de discours d’un domaine social/institutionnel donné est constitué de tous les types discursifs le traversant. L’approche rend donc compte d’un dynamisme discursif et d’une hétérogénéité compositionnelle.

Enfin, les travaux de Douglas Biber et al. (1999) concernant la définition des marques de  "stance4" en anglais ont été intégrés. Cette approche taxinomiste réalisée à grande échelle permet au besoin d’établir des comparaisons statistiques avec d’autres "registres de discours" tels que le roman, la conversation, le discours de la presse écrite, ou bien le discours académique.

Le modèle a été conçu pour être intégré à l’environnement informatique du logiciel Systemic Coder, créé par Mick 0’Donnell5. Ce logiciel, qui est un étiqueteur manuel, permet d’attribuer des traits, des propriétés, à des segments de corpus. Une fois le codage terminé, le linguiste se trouve face à une base de données, interrogeable à loisir et peut fonder ses raisonnements à partir de statistiques plus ou moins poussées : il peut s’agir de simples pourcentages ou bien de T-stats, appliquant la loi de Student-Fisher à partir d’un échantillonnage donné6. L’avantage d’utiliser un logiciel comme point de départ d’une analyse prenant pour objet le discours politique réside dans le fait que le linguiste n’est pas la proie de sa propre subjectivité mais considère comme pertinent ce que les statistiques imposent à son regard. Le modèle s’organise en quatre volets7.

a) Les paramètres pragmatiques (type de locuteur, parti, profession, sexe).

b) Les paramètres génériques et discursifs8 : les genres de discours renvoient à la plaisanterie, la polémique, l’interview, le débat ; les types de discours concernent l’ordre politique, ordinaire, médiatique et la propagande9 ; les types de séquences10 sont liés à l’argumentation, la description, le récit, l’explication.

c) Des positionnements énonciatifs : nous nous intéressons ici aux mises en scène conçues par Vion. On distingue les différentes voix convoquées dans le discours d’un locuteur donné. Le locuteur donne-t-il l’impression de parler seul ou bien semble-t-il absent de son discours ? C’est ce type de question qui est envisagé à ce niveau. On détermine 5 modes : l’unicité (le locuteur semble parler seul), la dualité (deux points de vue énonciatifs sont construits), le parallélisme (le locuteur cite ou bien parle dans l’orientation d’autres locuteurs identifiés ou pas), l’opposition (le locuteur va à l’encontre d’un autre locuteur/énonciateur), l’effacement enfin (le locuteur semble avoir déserté son propre discours). Cette typologie se fonde sur la distinction entre locuteur et énonciateur que conçoit Oswald Ducrot (1984) ; elle est dynamique : un même énoncé peut relever de plusieurs mises en scènes à la fois.

d) L’utilisation de termes exprimant une stance directe (épistémique, attitudinelle et métalinguistiques), suivant les catégories de Biber et al. (1999) ; la stance lexicale comprend les termes axiologiques (beau, laid, horrible) ; la stance grammaticale met en perspective des unités telles que les auxiliaires modaux, les introducteurs de complétives de type I think, les adverbes de degré.

L’ensemble de la grille regroupe en plusieurs systèmes, parfois indépendants, quelques 140 critères. L’avantage de mettre en place des systèmes indépendants réside dans le fait de pouvoir les coder en simultané sur un même segment, car seuls sont exclusifs les traits faisant partie d’un même système. Naturellement, le logiciel n’accepte pas deux fois le même trait dans deux systèmes différents. Il n’y a rien d’étonnant à cela puisque le but consiste à établir une taxinomie.

Nous mettons donc en place une « logométrie intégrative », une approche qui se donne pour tâche de quantifier des stratégies de mise en discours à partir d’une analyse qualitative. Le caractère intégratif tient au fait que le modèle peut s’enrichir d’outils cohérents ad hoc pour un objet donné : on peut imaginer que le transfert sur un autre genre de discours nécessite une adaptation et qu’un phénomène langagier particulier induisent d’autres outils : une tentative a d’ailleurs été menée à Aix, dans le cadre d’un rapprochement des équipes de phonétique et d’analyse de discours, lorsque Sophie Dujardin et moi avons essayé de déterminer une relation entre les paramètres acoustiques de l’emphase et des données pragmatico-énonciatives. Des systèmes concernant les classes d’emphase, l’énergie, la fréquence ont donc été ajoutés, entre autres. Le modèle est intégratif également au niveau de la conception de la subjectivité : des phénomènes d’ordre divers se combinent dans une organisation non hiérarchique.

Dans notre approche holistique, le discours est vu comme une réalité hautement instable dans sa complexité dynamique interactionnelle, son hétérogénéité ; il se construit et se déconstruit au gré des ruptures, recadrages et chevauchements en tous genres.  Cette grammaire de la subjectivité est donc davantage une grammaire de l’intersubjectivité : dans un cadre comme celui d’une interaction médiatisée, il ne peut y avoir d’autre option.

Ainsi donc, on revient à Bakhtine (1984 : 308), qui avance qu’une "analyse stylistique qui veut englober tous les aspects du style doit nécessairement analyser le tout de l’énoncé et, nécessairement, l’analyser dans la chaîne de l’échange verbal dont l’énoncé n’est qu’un maillon inaliénable". 

Nous allons nous intéresser aux deux premières questions posées dans le premier débat opposant Bush et Kerry. La production est équilibrée entre les deux locuteurs : 47 segments sont analysés pour Kerry et 56 pour Bush, ce qui correspond à 8 minutes de discours. Le tableau suivant résume les différences les plus significatives entre les deux politiciens :

Image1

Le signe « +++ » marque le fait que la différence est hautement significative statistiquement parlant, la prévisibilité/reproductibilité est à 98%. Quel que soit le nombre de segments, l’écart sera toujours le même. Les statistiques interpellent donc le linguiste sur ce qui devrait être analysé. Seul les traits correspondants à ce niveau d’écart significatif (98%) ont été retenus dans le tableau.

Avant d’entrer dans le détail il est important de remarquer que finalement assez peu de traits aident à différencier les deux hommes/discours : 16/140. Ils ne sont pas très nombreux mais couvrent tous les niveaux pris en compte de l’activité langagière : depuis les marqueurs intersubjectifs (titres, vocatifs), les mises en scène (opposition, effacement) et le style of speaking, concernant selon Biber le retour sur le discours (métalinguistique). L’implication naturelle est qu’un modèle multidimensionnel est indispensable pour comparer des productions discursives, plusieurs niveaux, ordres de phénomènes doivent être combinés. On remarque en outre que les systèmes mis en lumière par les t-stats, sont cohérents et convergent vers la même réalité, c’est ce que nous allons nous employer à montrer maintenant.

Le premier système, correspondant au découpage de l’interaction (question 1 et 2) matérialise le fait que les deux candidats n’ont pas le même temps pour répondre aux questions posées. Le premier orateur a deux minutes et le second 1’30. Il est pourtant évident que l’écart est plus important pour la question 2. Ceci est assez facile à expliquer : tout d’abord, les candidats consacrent une partie de leur temps à dire « bonsoir et merci » ; il apparaît ensuite que Bush utilise des phrases plus courtes et donc plus nombreuses.

Bush : It’s hard work /

It’s extremely hard /

Because an enemy realizes the stakes /

Kerry : I’m proud that important military figures who are supporting me in this race /

And where the reason for going to war was weapons of mass destruction, not the removal of Saddam Hussein /

Le trait concernant le discours des medias indique que Kerry se présente d’une façon plus humble, polie, courtoise en remerciant vraiment tout le monde :

Kerry : But before I answer further, let me thank you for moderating/

I want to thank the University of Miami for hosting us/

Un autre type d’énoncé correspond à ce trait, ces segments ont des échos métalinguistiques, ce qui, dans les débats-panels est plus traditionnellement réservé aux présentateurs :

Kerry : I regret to say

Which we’ll talk about a little bit later

Ces énoncés sont aussi définis par le trait style of speaking qui n’a jamais été activé pour le discours de Bush. De ce point de vue le discours de Kerry est plus élaboré puisque ce locuteur opère un retour autonymique sur son propre discours.

Les termes d’adresse sont aussi d’importance car ils manifestent un positionnement intersubjectif en prise directe avec l’interaction : ils sont résolument du côté de Kerry, Bush ne les utilise jamais dans les corpus analysés. Ils identifient l’allocutaire (en creux) de Kerry. On pourrait donc aussi dire a contrario que Bush n’a pas d’allocutaires mais ne vise que des destinataires.

Kerry : The president has left them in shatters

Which the president has almost not done

Kerry se positionne donc de façon implicite en utilisant le président comme repère, référence. Cette posture de "challenger " est tragique et cruelle : il est candidat à la présidence et doit appeler son opposant :  "Président ".

Les modes énonciatifs offrent une entrée très stimulante au cœur du discours des candidats. Trois modes principaux s’imposent statistiquement pour différencier les deux discours : l’unicité (le mode du « je pense que »), l’opposition et l’effacement. Nous commenterons l’unicité et l’effacement conjointement car ils correspondent à une même réalité approchée de directions opposées.

Il apparaît, au vu des chiffres, que Bush est effacé et n’utilise pas le mode de l’unicité explicite, alors que Kerry marque sa propre opinion et se trouve de fait très investi dans son discours :

Bush : Lybia has disarmed/

Ten million citizens have registered to vote/

Saddam Hussein now sits in a prison cell/

Bush s’appuie sur les faits qui parlent pour lui et semble absent de son  propre discours.

Kerry : I know I can do a better job in Iraq/

I think that’s wrong and I think we can do better/

I believe in being strong and resolute and determined/

I have a better plan to be able to fight the war on terror/

Kerry utilise le pronom “I” quand Bush a recours aux structures impersonnelles. Des verbes tels que Believe et think marquent clairement une stance directe, explicite , ce qui est renforcé par des comparatifs « better » à partir d’adjectifs axiologiques.

L’opposition est utilisé par les deux candidats, mais ce mode est marqué pour Kerry et non marqué pour Bush. Le type d’opposition que les deux candidats initient permet de les distinguer encore plus précisément. Kerry est diaphonique (il s’oppose à Bush, présent dans le studio), alors que Bush est polyphonique (il exprime son opposition contre des cibles ou groupes qui ne sont pas clairement définis) :

Bush : We’ve upheld the doctrine that if you harbor a terrorist, you’re equally as guilty as the terrorist/

This is a group of killers, who will not only kill here, but kill children in Russia (...)/

If we remain strong and resolute, we will defeat this enemy/

Kerry : I can make America safer than President Bush has made us/

I have a better plan for homeland security/

Something this President has not yet achieved/

This President has made, I regret to say, a colossal error of judgement/

La juxtaposition de ces segments rend compte de la diversité des positionnements. Le discours de Bush est plus général et tend même vers une forme de généricité. Enemy, terrorist sont des termes imprécis créant de fait de fausses tautologies. Ceci renvoie naturellement au discours de la propagande évoqué plus haut. Kerry construit son discours en référence aux actions précédentes de Bush et ne dépasse pas le stade du « challenger du président », il ne se sort jamais de ce piège tendu d’emblée.

L’image est finalement très cohérente et une stratégie d’ensemble est identifiable. Bush ne tient pas compte de son opposant et parle des faits, de sujets généraux. Kerry est diaphonique dans l’opposition qu’il met en scène et les vocatifs utilisés, en d’autres termes, il ne transcende pas la situation du débat lui-même. Pour remettre ces attitudes en perspective, il est sans doute opportun de revenir à la manière dont la question était posée au départ :

Do you believe you could do a better job than President Bush in preventing another 9/11-type terrorist attack on the United States?

Kerry était condamné à l’immanence dès le début et n’a pas réussi à imposer un rapport de place qui soit plus à son avantage.

Jusqu’à présent, nous avons considéré le discours des deux candidats grâce à la notion d’écart  sur laquelle se fondent les t-stats ; cela implique qu’ils n’ont pas été définis de manière interne : seul ce qui n’est pas présent dans le discours de l’autre émerge. Il faut donc se tourner vers une analyse par « traits récurrents » pour définir le caractère intrinsèque de chaque discours.

Rappelons que tous les segments ont été étiquetés et que ces bases de données sont donc disponibles et interrogeables à loisir. Le logiciel « Systemic Coder » offre une fonction qui permet de rendre compte du groupement de traits récurrents à partir d’une entrée déterminée.

La combinaison la plus courante apparaît donc clairement. Si le trait « Bush » est utilisé comme entrée, voici ce qui est obtenu11 :

CELL: débat types description politique unicite-non-marquee dualit-non-marquee parallelisme-non-marqu opposition-non-marquee effacement-marque enonc-historic stance-non-marquee

Count: 4

Members: {60 62 65 66}

Example:  Ten million people have registered to

vote in Afghanistan in the upcoming presidential election.

CELL: débat types argumentation politique unicite-non-marquee dualit-non-marquee parallelisme-non-marqu opposition-non-marquee effacement-marque enonc-historic stance-non-marquee

Count: 4

Members: {92 95 105 107}

Example:  And that’s what people are seeing now is happening in Afghanistan.

  

La seule différence réside dans le fait que l’argumentation en tant qu’activité discursive remplace la description. Ces combinaisons se répètent 4 fois chacune. Du point de vue du style ou de l’éthos - conçu comme l’image construite de soi dans et par le discours - on voit que Bush est avant tout effacé et s’abrite derrière les faits (comme nous l’avions vu lors de l’analyse fondée sur l’écart). C’est donc là un aspect vraiment définitoire du discours de Bush.

Les combinaisons obtenues pour "Kerry" sont les suivantes :

CELL: débat types argumentation politique unicite-marquee uncite-explicite dualit-non-marquee parallelisme-non-marqu opposition-non-marquee effacement-non-marqu stance-non-marquee

Count: 1

Members: {23}

Example:  KERRY: Yes, I do.

On ne peut pas dire que le segment “yes I do” soit particulièrement typique de qui que ce soit. Ce qui attire davantage l’attention est que la formule apparaissant au premier rang n’intègre qu’un membre. En d’autres termes il n’est pas un énoncé prononcé par Kerry qui ressemble à un autre. Tous ses segments correspondent à des formules différentes, son discours n’est pas stéréotypé mais élaboré et varié. Le style de Kerry, identifié informatiquement dans ce cadre de communication, est étroitement lié à une dynamique suivant laquelle rien ne se répète et où toute la palette des activités langagières prises en compte ici est sollicitée.

Cela est très satisfaisant et stimulant intellectuellement mais sans doute dangereux en  termes d’efficacité et de stratégie de communication ; une syntaxe très complexe, même si elle est parfaitement maîtrisée n’est pas toujours facile à intégrer :

I’m proud that important military figures who are supporting me in this race: former Chairman of the Joint Chiefs of Staff John Shalikashvili; just yesterday, General Eisenhower’s son, General John Eisenhower, endorsed me; General Admiral William Crown; General Tony McBeak, who ran the Air Force war so effectively for his father -- all believe I would make a stronger commander in chief.

Ce qui est en caractère gras correspond à la proposition principale et à la complétive scindée en deux, directement gouvernée par l’adjectif "proud". On ne peut qu’être impressionné par la grande richesse syntaxique intervenant en incise.

Le discours de Bush est d’une simplicité rassurante :

And that’s what people are seeing now is happening in Afghanistan. Ten million citizens have registered to vote. It’s a phenomenal statistic. They’re given a chance to be free, and they will show up at the polls. Forty-one percent of those 10 million are women. In Iraq, no doubt about it, it’s tough. It’s hard work. It’s incredibly hard. You know why? Because an enemy realizes the stakes. The enemy understands a free Iraq will be a major defeat in their ideology of hatred. That’s why they’re fighting so vociferously.

Les phrases sont plus courtes et la parataxe prévaut.

Au terme de ce parcours, nous voudrions maintenant poser une question supplémentaire concernant la dynamique de l’échange et la cohérence des stratégies. Peut-on identifier une différence de stratégies entre les deux questions traitées ?

Que se passe-t-il si les traits Bush et Kerry sont sollicités à nouveau en fonction cette fois-ci des questions 1 et 2 successivement ?

Pour Kerry, rien ne change, que ce soit pour la question 1 ou 2, le nombre de membres par formule est toujours 1. Au niveau local les choses sont donc en accord avec la stratégie globale mise au jour.

Pour Bush, il n’en va pas de même. On obtient la formule suivante pour la question 1 :

CELL: profil-agents bush inter question1 interaction1 marquage-interne modules débat types description politique sans-marques-intersubj place-enonciative- mise-en-scene unicite-non-marquee dualit-non-marquee parallelisme-non-marqu opposition-non-marquee effacement-marque enonc-historic stance-non-marquee

Count: 4

Members: {60 62 65 66}

Example:  Ten million people have registered to vote in Afghanistan in the upcoming presidential election.

 

Et la formule suivante pour la question 2:

CELL: débat types argumentation politique sans-marques-intersubj place-enonciative- mise-en-scene unicite-non-marquee dualit-non-marquee parallelisme-non-marqu opposition-non-marquee effacement-marque enonc-historic stance-non-marquee

Count: 4

Members: {92 95 105 107}

Example:  And that’s what people are seeing now is happening in Afghanistan.

Autrement dit, le style de Bush n’est pas le même pour les questions 1 et 2. Cela est intéressant. Lorsque Bush répond à Kerry (qui parle en premier), il a tendance à décrire, c’est-à-dire à opposer des faits à des opinions, en revanche, lorsque Bush parle le premier, il est sur le front de l’argumentation. Cela tend à montrer une fois de plus que Bush n’a pas d’allocutaire mais uniquement des destinataires : il argumente pour les citoyens (son opposant n’est pas encore matérialisé sur la question posée) et ne tient pas compte de son challenger.

Une remarque d’ordre méthodologique est que cette approche semble apte à rendre compte des nuances dynamiques du discours d’un locuteur "dans la chaîne de l’échange verbal", cela en permettant un filtrage correspondant à des partitions de corpus.

Dans les pages précédentes, nous avons tenté de proposer une approche méthodologique visant à rendre compte de façon pluridimensionnelle des stratégies discursives ayant cours dans le cadre de débats politiques télévisés de façon à individuer des pratiques.

Cette perspective s’inscrit dans une logométrie des discours, dont l’objet essentiel est de rendre compte de la relativité des phénomènes analysés ; dans l’approche que nous présentons, ces phénomènes ne sont pas uniquement matériels, car ils concernent des réalités aussi suprasegmentales que les positionnements énonciatifs. On s’aperçoit alors que la logométrie intégrative repousse certaines limites de la matérialité, si l’on se fonde sur la définition que donne Mayaffre (2005) de la logométrie :

Avec la logométrie, l’analyste part toujours de faits linguistiques matériels massivement attestés (y compris dans leur absence ou leur rareté) pour commencer à réfléchir et le cas échéant inférer un positionnement idéologique ou une attitude politique."

Si l’on admet que les faits linguistiques matériels sont ceux que les statistiques mettent en lumière à partir de quelque phénomène que ce soit, alors nous sommes bien dans une orientation logométrique.

Les analyses conduites précédemment plaident également pour le fait de dépasser la matérialité du texte et du marquage, en effet, le plan des marqueurs de modalisations n’est pas identifié comme pertinent pour déterminer les caractéristiques du discours de l’un ou l’autre locuteur. C’est à un autre niveau, parfois implicite, que les différences significatives se font jour : positionnements intersubjectifs, voies convoquées etc. D’ailleurs, si l’on demande à un autre logiciel comme Hyperbase, conçu à Nice12, d’identifier la phrase la plus représentative du discours de Bush on obtient :

First of all what my opponent wants you to forget is that he voted to authorize the use of force and now says it’s the wrong war at he wrong time at the wrong place…

Cette phrase est en grande partie constituée de discours rapporté, la partie en italique correspond à un résumé de la parole de Kerry fait par Bush. Le paradoxe est donc total : ce qui est typique du discours de l’un serait la présence du discours de l’autre...

Enfin, nous espérons avoir montré qu’une quantification informatique des données n’était pas incompatible avec une perspective interactionniste, linguistique et stylistique. L’informatisation est un grand progrès, en stylistique notamment, puisque des questions épistémologiques se posent inévitablement. Dans le cas de Kerry, ce qui fait sens pour l’identification de son style, c’est l’absence de récurrence. Autrement dit, le stylème n’est plus marqueur, groupe formel ou fonctionnel, segment textuel matérialisé, mais une combinatoire, une matérialisation de l’absence, un algorithme statistique.

Nous espérons qu’une telle méthodologie contribuera à inciter d’autres chercheurs à faire parler les textes et les discours de façon encore plus précise et heuristique. Nous l’avons déjà dit, "le style, c’est l’autre"…

Bibliographie

Références bibliographiques

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Documents annexes

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Notes de base de page numériques:

1  Cette recherche fait suite à la communication présentée au colloque d’ESSE (septembre 2006) dans l’atelier "Stance, subjectivity and intersubjectivity in discourses".
2  Notre mise en valeur.
3  Pour un exposé complet de ces concepts en anglais et un exemple d’analyse, voir Rouveyrol et al. (2005).
4  Le terme est difficile à rendre en français, une glose acceptable serait : « positionnement subjectif ».
5  Ce logiciel est mis gratuitement à la disposition des linguistes par son auteur : www.wagsoft.com/coder
6  Pour Oakes (1998 : 10) : « The t test tests the difference between two groups for normally-distributed interval data where the mean and standard deviation are appropriate measures of central tendancy and variability of the scores. We use a t test [...] whenever we are dealing with small samples (where either group has less than 30 items). »
7  Pour des raisons d’espace, il n’est pas envisageable de détailler chaque catégorie et de donner une définition pour chaque trait. Nous renvoyons à notre thèse (Rouveyrol, 2003, p.145-198) pour de plus amples explications.
8  Les catégories mentionnées ci-après ainsi que la distinction genre/type de discours, sont celles de la CDA.
9  Après la lecture d’un opuscule de Noam Chomsky (2002), le discours de "propagande" a été ajouté aux trois premiers, qui pour Fairclough constituent l’ordre du discours du discours politique médiatisé (1995 : passim). Pour Chomsky (2002 : 26), en utilisant le discours de la propagande : « You want to create a slogan that nobody’s going to be against, and everybody is going to be for. Nobody knows what it means, because it doesn’t mean anything. Its crucial value is that it diverts your attention from a question that does mean something [...]. »
10  Il s’agit là de la théorie séquentielle développée par Jean-Michel Adam (1992).
11  Les sorties machines qui suivent s’obtiennent automatiquement, dès que la fonction Cell analysis est sollicitée. Les traits récurrents sont alignés les uns à la suite des autres, le nombre de fois où la combinaison apparaît est donné (Count), ainsi que le numéro des segments concernés (Members), assorti d’un exemple.
12  Voir à ce sujet Brunet E. (2001).


Pour citer cet article :

Laurent Rouveyrol. «D’une grammaire de la subjectivité au style médiatique : l’exemple des débats politiques1». Bulletin de la Société de Stylistique Anglaise , 30 (2008), p. 67-88.

URL: http://stylistique-anglaise.org/document.php?id=514
(Consulté le 22 mai 2013)

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Quelques mots à propos de :  Laurent  Rouveyrol

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